J’avais tout juste 7-8 ans, j’étais si jeune et naïve. J’ai un peu perdu la mémoire, oublié certains souvenirs. En fait je me demande même si mon cerveau ne l’aurais pas fait automatiquement. Je ne sais pas, ce que je sais par contre c’est que cette histoire a bouleverser ma vie pour toujours. Si j’écris ces lignes aujourd’hui c’est pour moi avant tout, écrire me fait du bien et j’espère même aider d’autres gens qui auraient vécu une histoire semblable car malheureusement nous sommes plusieurs.
Tu avais ma pleine confiance, mais avant même d’avoir la confiance d’une jeune fille tu avais avant tout la confiance extrême de mes parents. On te considérait comme un membre de la famille. Tu étais présent à chaque grand moment de ma vie, ma naissance, mon baptême et même jusque dans mes pensées dans mes périodes de grandes dépressions. Tu étais pourtant très gentil, un bon et franc-parler, tout le monde t’aimait. Avec bien du recul j’ai vite compris qu’en fait tu n’étais qu’un manipulateur, un beau parleur! Je n’en reviens toujours pas de savoir que tu côtoyais tellement de jeunes, d’enfants. En plus d’être un professeur tu étais notre coach sportif, tu ne pouvais pas être plus près de nous!
Nous allions souvent te rendre visite mes parents et moi, mon père te considérait comme son meilleur ami. Tellement ami que moi aussi j’y allais souvent seule chez toi. Pour t’aider à corriger tes copies de prof, c’était ton prétexte préféré. Tu le savais que j’aimais aider les autres déjà à cette âge là. Et moi du haut de mes 8 ans j’y allais sans même savoir que ce que tu me faisais était mal. Oh oui c’était mal, comment peux-tu enlever la jeunesse d’un enfant ainsi? Comment peux-tu juste poser des gestes ainsi? J’ai eu par la suite des millions de questions, mais sur le coup jamais. Aucun questionnement, aucune parole.. Même si cela se répétait, pendant plusieurs années jamais je n’ai eu de questionnement sur le moment. Voir même drôle à dire mais tes caresses je ne les détestais pas à cette âge. J’ai dit apprendre à surtout ne pas culpabiliser avec tout cela car je ne savais même pas ce que le mot parties intimes ou sexe voulais dire. Tu m’as simplement volé mon enfance! Je me souviens même d’un des pires moments où ma famille et plein d’autres gens du party étaient juste en haut, quelques marches plus hauts. Toi et moi au sous-sol sous la couverture, tu ne me lâchais pas et moi je n’ai jamais été capable de crier ou même partir simplement. Ça doit être pour cela qu’aujourd’hui je parle fort et que jamais je ne me laisserai marcher sur les pieds, j’ai toujours mon mot à dire. Je me suis forgé tout un caractère avec les années croit moi maintenant plus personne ne me touchera sans mon consentement.
Les années défilaient et moi je ne parlais toujours pas. Je conservais cela en moi seulement. J’en avais vaguement parlé à une amie de balle-molle qui était proche de moi pour aussi l’avertir de ne pas trop se tenir proche de toi. Encore de fait, je pensais aux autres avant moi. Toutes les jeunes filles que tu côtoyais te trouvaient justement trop, trop collant, trop proche de nous, trop gentil juste trop! Un beau jour la police a directement appeler à la maison, je m’en souviens comme si c’était hier. Un moment très difficile mais à la fois libérateur. Ta propre nièce avait enfin porté plainte, que je n’avais pas été capable de faire jusqu’à présent. Les policiers ont informé mes parents, et leurs ont aussi mentionné que l’amie à qui j’avais parlé leur avait dit certaines choses. Je n’ai pas eu le choix de tout raconter à mes parents. Je pleurais sans fin. Je me sentais coupable de tout. Mes parents t’aimaient tellement et là je venais de tout briser. Du moins c’est ce que je pensais sur le coup. Même si j’étais plus vieille, j’étais encore toute jeune. J’ai décider d’aller rencontrer la police moi aussi. L’inspecteur était super gentil mais imaginer à quel point c’était difficile de tout dévoiler! Tout ce que j’ai caché, enfoui pendant des années.
C’est après avoir entendu d’autres histoires que tu aurais profité de plusieurs autres filles qui elles ne voulaient pas porter plainte que moi je m’en suis fait un devoir! C’est pas vrai que tu allais t’en sortir ainsi et continuer à faire du mal. Il y a eu la police, plusieurs rencontres chez le psychologue et même le tribunal. Oh que oui je suis allée témoignée comme une grande devant tout les gens. Je ne me souviens plus du tout de mon âge à cette époque mais sâche que la vraie Jessica battante commençait à s’affirmer à ce jour. Ce fût un moment très difficile, je peux même comprendre que certaines n’aient pas voulu passer par toutes ses étapes. Parler de toutes les agressions que tu m’as fait subir devant mes parents, ta famille, un juge et toi même qui était là juste en arrière de moi. J’ai parler de tout, du mieux que j’ai été capable. Pour finalement arriver à un verdict de non-culpabilité. Tu devais être tellement content mais moi je me sentais incomprise, j’étais encore plus perdu. Comme si moi dans tout cela je n’avais pas d’importance, c’est ce que la jeune fille en moi a perçu et ressenti. Je n’ai jamais vu mon père aussi en colère que cette journée où ton beau-frère est passé devant nous avec un gros sourire de gagnant, après le verdict du juge. Hey tu venais de gagner cette bataille! Moi finalement je me sentais encore plus mal, je vivais une pleine injustice. Durant mon témoignage je me suis trompée surtout sur des lieux d’évènements. Cela faisait déjà plusieurs années que tu m’avais abusé au moment où j’ai eu ma notice pour le tribunal. Tout le temps que peut prendre notre système judiciaire au Québec! Hors de tout doute raisonnable! C’était la fin. J’avais perdu foi en notre justice mais encore plus triste en moi.
Par chance ta nièce était aussi en procès qui se déroulait beaucoup mieux que le mien. Un autre procès pour pornographie juvénile etc. Malgré cette victoire amère, avec tout cela, tu n’as fais que très peu de prison. Je ne suis pas certaine non plus si tu t’en serais tiré dans les murs d’une prison et sâche que ça ne me fait pas un pli. Lors de ton petit séjour tu t’es fait agresser physiquement à ton tour. Le karma j’imagine, tu as subi à peine un tier de ce que tu as fais subir aux jeunes filles. Tellement pas longtemps enfermé que tu étais vite de retour chez toi, dans ma propre ville natale à quelques rues de chez moi. J’ai eu peur et cela je ne le disais pas non plus à personne. J’avais tristement appris à me renfermer. Je m’étais forgé un caractère, un belle carapace. J’était forte c’est ce qu’on me disait le plus souvent. Mais tu étais toujours dans mes pensées. À un point tel où même adolescente, quand je me nettoyais le visage j’avais toujours peur de fermer les yeux et de te voir en arrière de moi dans le miroir. J’ai été une adolescente un peu perturbée, j’ai dû apprendre à vivre avec cela. Même si j’étais forte et qu’on me le répétait sans cesse, j’étais et je suis encore une fille super sensible. Je me forgeais une carapace pour ne plus que tu m’atteignes une fois pour tout. Oui oui encore après toutes ces années! J’ai dû passer par toute les étapes, la peine, la culpabilité, la tristesse. Et même la vengeance! Personne ne le sais vraiment mais j’étais rendu à passer souvent devant chez toi. Je rêvais de briser ta fenêtre, crever tes pneus ou pire encore mais jamais je ne me suis rendu là. Tu étais encore trop dans mes pensées, j’en reviens pas!
Le temps passait et moi je travaillais sur moi-même. J’apprenais à me connaître et découvrir la femme que j’allais être. Un beau jour où j’étais arrivée à ne presque plus penser à toi, on s’est croisés. Tout bonnement comme cela au cinéma. Cette fois je me suis dis que c’était assez! Je voulais te faire tout comprendre ma peine et ma haine par un seul regard. Regard que tu ne m’as jamais poser cette fois.. Je t’ai suivi des yeux et toi tu regardais par terre sans cesse. Justement j’étais maintenant prête à te confronter, pour de vrai. Tu n’as jamais oser me regarder, ni croiser mon regard. Pour moi cette fois-ci je vivais une petite victoire, ma victoire!
Je m’ouvre ainsi parce que maintenant je n’ai plus du tout peur de parler. Comme j’ai écris plus haut au contraire j’aime crier haut et fort les injustices de ce monde. Avec le temps j’ai appris à me connaître vraiment et surtout à vivre avec cette histoire là, mon passé. J’ai vécu toute sorte de blocages en grandissant et je ne metterai même pas cela sur ta faute, non. J’ai appris que ça ne servais à rien. Je ne pense pas du tout que tu vas lire ce texte, je ne sais même pas si tu es en vie aujourd’hui mais saches une chose: tu ne m’a pas brisé!
J’espère du plus profond de mon coeur que ce texte aidera des gens comme je me suis faite aussi beaucoup aider par mes proches et la communauté. Ne désespérez pas, brisez les tabous et surtout supportez vos proches.

Jess